The singularity is near (Ray Kurzweil)

Viking, 652p (en anglais)
samedi 20 mai 2006
par  Eric LOMBARD

Ray Kurzweil annonce dans ce livre très stimulant l’émergence d’un état transhumain, alliance de l’homme et de l’intelligence artificielle, qu’il peine à décrire, mais dont il pressent l’avènement proche. Il démontre de manière trés convaincante que la croissance exponentielle des capacités de calcul, au rythme jamais pris en défaut de la loi de Moore, et plus généralement des technologies GNR (Genetics, Nanotechnoly, Robotics), entraîne l’humanité beaucoup plus vite qu’elle ne l’imagine, toute habituée qu’elle est à raisonner de manière linéaire.

Conscient des nombreuses menaces associées à ce rythme inédit de développement, il considère les apôtres de moratoires ou autres principes de précaution comme irréalistes, voire dangereux et fait le pari que la technologie saura engendrer des parades.
Mais à supposer qu’il ait raison sur ce point et que le développement technologique ne sera pas entravé, ne fait-il pas preuve d’optimisme en pensant que la performance d’une civilisation ne dépend que de sa puissance de calcul ou de la densité de son réseau internet ? En n’abordant pas les questions de gouvernance, il semble faire confiance aux capacités d’autoorganisation du système qui sont loin d’avoir été démontrées ...

Voir aussi l’analyse du livre dans Automates Intelligents de nov 2005 :
Archives Automates Intelligents


Commentaires  forum ferme

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samedi 20 mai 2006 à 11h20 - par  Xavier SALLANTIN

J’ai reçu à Béna le 18 Mai le livre de Ray Kurzweil “The singularity is near” signalé par Éric. Je l’avais commandé sur Amazon le 16 Mai (25 Euros ) ; c’est rapide ! je n’ai fait que parcourir ses 652 pages. Cela m’intéresse beaucoup de voir comment de grands éditeurs en viennent à publier des ouvrages scientifiques à problématique “prophétique” comme “Le pas du Sens”. Sa vision de l’avenir est celle d’un ingénieur se penchant sur l’accélération exponentielle de l’intelligibilité assistée par l’informatique. Elle débouche sur une implosion conceptuelle inévitable avant la fin du siècle et je le rejoins dans cette perspective de franchissement d’un seuil inaugurant une singularité finale dont l’informatisation planétaire est le moteur. Il voit naître une population “d’initiés” qu’il appelle les “singularitariens” qui s’inscrivent dans cette perspective de franchissement imminent d’un seuil. Je me sens membre de cette confrérie mais, si je suis d’accord avec lui sur les causes technologiques de cette rupture radicale prochaine, je ne suis pas d’accord sur son analyse de ce seuil et de son au-delà.

Il divise l’histoire de l’Univers en six époques qui pourraient correspondre à mes sept sphères s’il ne fondait en une seule époque ma protosphère et ma cosmosphère. Par contre chez lui les trois époques de l’histoire humaine ont pour unique ressort les progrès “affolants” des performances à court terme des machines multipliant explosivement le potentiel cognitif jusqu’à ce Big Bang futur qui changera tout. À première vue, sa réflexion me paraît très pauvre sur le plan sociologique, philosophique, théologique et même scientifique. Stephen Wolfram anticipait en 2002 une révolution analogue dans son ouvrage “a new kind of science”, et il proposait la théorie des automates cellulaires pour fonder le programme de cette évolution. Rien de tel chez Kurzweil qui est un technicien éclairé mais non un théoricien. Rien à voir bien entendu avec ma théorie de la numérisation naturelle fondant logiquement ces discontinuités de l’histoire. Je suis assez surpris d’apprendre que l’auteur, qui raconte sa vie, est un juif dont les parents ont fui le nazisme. Sa pensée est strictement matérialiste et son spiritualisme se limite à cette religion “singularitarienne” qui fait l’économie de toute transcendance. Mais il me paraît très significatif qu’en dépit de cette indigence humaniste, et peut-être à cause d’elle, il fasse apparemment un tabac. C’est très conforme au pragmatisme anglo-saxon.

Je n’ai pas le temps pour le moment de me livrer à une lecture approfondie de cet ouvrage mais il suffit de parcourir l’index pour constater que des penseurs tels que Pascal, Hegel, Husserl ou Spinoza sont aux abonnés absents comme le christianisme d’ailleurs (Jésus-Christ n’est pas nommé). Je n’exclus pas que ce premier aperçu très superficiel ne soit à réviser et je serai très intéressé de connaître d’autres points de vue et de lire notamment les recensions qui ne manqueront pas de paraître. Ma critique ne vise nullement à dissuader de cette lecture. Je crois au contraire très important cet ouvrage symptomatique.

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