Le réel quantique (Lothar Schäfer)

Colloque Teilhard - Rome 2004
vendredi 17 décembre 2004
par  Bertrand LALLOUR

La base du monde matérielle est non matérielle...

Les électrons sont des ondes de probabilités (formes mathématiques de vecteurs d’états), qui ne transportent ni énergie, ni matière, mais seulement de l’information, après numérisation par un cerveau pensant.

Ces ondes constituent la face invisible du cosmos ; l’ordre visible est déterminé par les interférences de ces ondes avec des molécules (chambre à bulles).

Le « Réel quantique », doit être considéré comme une totalité invisible et indivisible, en vertu du principe de non-séparabilité, ou plus positivement « d’implixité », par suite de la capacité des particules élémentaires de s’influencer l’une l’autre, sans délai et à travers de longues distances (expérience d’Aspect). Ce principe se double de celui de non-localité. (Ne pas perdre de vue qu’il s’agit ici de l’espace abstrait, celui des vecteurs d’états où il y a superpositions d’états corrélés ).

Cette indivisibilité du réel (continuum) inclut notre propre conscience humaine, qui joue ainsi un rôle d’agent effectif de l’Univers.

John Polkinghorn parle d’une véritable « causalité par information ». Il écrit : « Dans certaines circonstances une entité quantique change son comportement d’information sur son état ».

En cas d’absence de causalité, la ligne de démarcation s’efface entre le Naturel et le Surnaturel, entre le Physique et le Métaphysique et surtout entre le Mental et le Matériel.
La réalité quantique est une réalité transcendante ; elle va au delà de notre expérience directe. Elle ne peut être approchée que par notre intuition, et plus généralement par la dimension de la Foi.

Nous pouvons donc dire par induction, que la nature des particules élémentaires de notre Univers ressemble à un Esprit ! Eddington écris : « L’univers a la nature d’une pensée et d’une sensation, dans un Esprit Cosmique ».
Ainsi dans les sauts quantiques, « les systèmes agissent spontanément . Un esprit est la seule chose que nous connaissons qui puisse agir de cette façon ».

On peut dire qu’à ce niveau des particules élémentaires, ce sont des entités métaphysiques qui sont à la base des conceptions de nature physique et permettent à nos états mentaux de devenir des états matériels.
C’est ainsi que l’on peut également dire : « Le Verbe s’est fait Chair » !

Lothar Schäfer conclut que « la réalité première n’est pas une grande masse (matérielle), mais une grande Conscience » (une vaste Pensée).

En ce qui concerne l’Evolution Biologique :

A la base de la Vie, il y a l’évolution moléculaire, or ces molécules doivent être considérées comme des systèmes quantiques, donc sujets aux sauts quantiques, qui en modifient leurs états. Ce sont les gènes qui sont les facteurs de ces changements.

Le monde matériel (visible à nos sens) résulte de l’Actualisation, sous formes de phénomènes réels, d’un ensemble d’états virtuels (appelés aussi états vides).
« Les états virtuels sont des « objets Heisenberg » (mathématiques), qui existent entre l’idée d’une chose et la vraie chose ».

Il faut distinguer deux types de sauts quantiques : simulés (hasard quantique) et spontanés (hasard naturel) !
Le hasard naturel peut mener n’importe où, tandis que le hasard quantique mène seulement à un autre état qui peut être défini !

Conclusions :

S’il est encore possible de rapprocher, la surface visible des choses, de la physique de Newton et de la biologie de Darwin, il faut aussi pour avoir une vue complète de la réalité, prendre en compte les propriétés quantiques de ces mécanistes tant physiques que biologiques.

Dés le niveau le plus élémentaire des particules quantiques, jusqu’au niveau divin du Réel, c’est l’éruption de la Conscience dans le monde matériel, qui est le moteur de l’évolution biologique .

Que le Réel ait la nature d’une totalité indivisible, ne signifie pas qu’elle soit sans « structure ». Le Réel a la structure des états cohérents virtuels qui sont sa nature, et où les objets individués sont visibles par actualisation sous formes d’événements phénoménaux.


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Commentaires  forum ferme

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vendredi 7 janvier 2005 à 16h11 - par  Eric LOMBARD

Ce qui me gène chez Schäfer comme chez Teilhard c’est le flou qui s’attache à la notion d’esprit. J’ai critiqué assez sévèrement cette ambiguïté dans mon topo à Paris le 10 Décembre. Elle les a conduits à postuler que “la matière et l’esprit sont deux aspects de la même matière cosmique” et à cette notion d’esprit sont associées des notions tout aussi mal définies telles que le virtuel, la conscience, le psychisme, la transcendance.

Selon moi, il faut partir de l’hylémorphisme aristotélicien qui pose qu’il n’y a pas de matière sans forme. Les constantes de la physique expriment très clairement ce couplage ontologique entre une réalité physique et une idéalité arithmétique. Et toute la physique mathématique atteste la généralité de ce couplage qui fonde la numérisation informatique. Il ne faut pas confondre le formel et le spirituel. Il n’y a pas plus et pas moins de transcendance dans l’existence d’une réalité physique qualitativement définie par des entités métaphysique telles que l’espace, la force, le temps, que dans l’existence d’idéalités quantitativement définies telles que les idées d’unité ou de dualité.

Pour moi, c’est la singularité de l’accord entre physique et mathématique qui pose la question d’un tiers transcendant responsable de cet accordage et j’entends réserver le mot esprit à cet accordeur mystérieux. Je serais à cet égard d’accord avec Schäfer lorsqu’il dit que “dans les sauts quantiques les systèmes quantiques agissent spontanément. Un esprit est la seule chose que nous connaissons qui puisse agir de cette façon (...) ceci suggère que le surnaturel se manifeste dans les sauts quantiques”. Il s’agit en fait d’une assimilation entre ce hasard, entité familière des physiciens et l’esprit divinisé ; d’ailleurs Schäfer précise :”les sauts d’un état à un autre sont contrôlés par le hasard”. Tout revient donc à s’entendre sur ce hasard, divinité païenne désacralisée par le matérialisme, et le hasard divinité sacralisée par le spiritualisme qui l’identifie parfois à la Providence.

Dans mon récent papier à M. Godron, à propos des interventions de Dieu dans la Création, je crois avoir clairement exposé comment je vois les relations entre Dieu et le hasard. A priori nous ne saurions interdire quoi que ce soit à Dieu dont la transcendance échappe à nos règles. C’est pourquoi Einstein a tort d’interdire à Dieu de jouer aux dés. Pourquoi ne se plairait-il pas à laisser jouer le hasard sans intervenir, comme le raconte la Genèse lorsqu’elle dit que le Créateur est très curieux de voir quels noms l’homme va donner arbitrairement aux créatures. Mais en même temps pourquoi ne se réserverait-il pas la possibilité de tricher, c’est à dire de se réserver en certaines circonstances la possibilité de piper les dés. J’aime à cet égard à considérer que le souffle imperceptible de l’Esprit Saint est ce qui peut venir fausser le jeu de Pile ou Face. Cette intervention “providentielle” me paraît tout à fait légitimée par le devoir d’assistance d’un père à ses enfants, engagement d’assistance confirmé par le première et la deuxième alliance où celui qui nous assiste est clairement désigné en tant qu’Esprit Saint Paraclet. Ce devoir d’assistance envers les êtres mineurs que les parents mettront au monde est clairement affirmé par cet article du Droit que le Maire rappelle aux futurs mariés et qu’ils s’engagent à respecter devant une institution garante de son application. Cette obligation découle de ce que l’union hétérosexuée engendre, elle est féconde. Leur amour est productif ; la reproduction en est un attribut. Apparemment M. Mamert n’a pas compris que l’union homosexuée étant stérile, l’État que représente le maire n’a pas à se porter garant d’un devoir d’assistance envers les produits inexistants d’un amour improductif.

Mais cette assistance du ciel envers les fruits fragiles et encore immatures de l’amour, doit être conciliée avec un autre attribut de l’amour qui est la liberté de consentement. Plus l’enfant va devenir adulte, plus il sera à même d’exercer avec discernement son libre arbitre. Il est précisé par St Luc que Dieu ne peut refuser l’Esprit Saint à ceux qui sollicitent son assistance ; c’est dire qu’il ne l’accorde pas à ceux qui ne la demandent pas. Et ici se présente une objection décisive : St Paul avait donc demandé l’assistance de l’Esprit Saint quand il est foudroyé par une vision sur le chemin de Damas. Et que de fois dans les témoignages relatifs à des inspirations dites spirituelles, les motions de l’Esprit auxquelles elles sont attribuées apparaissent parfaitement gratuites. Aucune demande n’a été formulée à leur connaissance par les intéressés.

Je crois que l’on oublie ici que l’Esprit Saint transcende le temps, que la demande peut venir du passé comme du futur. Pour moi, dans le cas de Paul, il s’est produit comme un arc électrique jaillissant entre deux pôles : celui de sa quête ardente de Dieu dans son zèle juif passé, et celui de cette quête non moins ardente après sa conversion. C’est du moins la position de St Ignace qui dans les Exercices Spirituels inscrit la prise de décision du retraitant assoiffé de la plus grande gloire de Dieu au milieu d’une retraite de quatre semaines. Les dispositions précédant l’élection se conjuguent avec les dispositions qui la suivent pour créer les conditions de l’assistance de l’Esprit Saint soufflant au retraitant le bon choix. On a un exemple de cette action présumée du futur sur le passé dans cette oraison de la fête de l’Immaculée conception lorsque l’on dit que cette grâce est venue du Calvaire. J’ai beaucoup médité dans mon ouvrage sur “La genèse du sens” écrit en 1962 sur cette hypothétique rétroaction de ce que je vis aujourd’hui sur une décision que j’ai pu prendre hier. Il faudrait que je relise ces pages qui m’ont valu l’ironie des uns et l’intérêt des autres. Cela rejoint la certitude du déjà vu qu’il m’est arrivé d’éprouver. En clair c’est peut-être la constitution du Groupe Béna en 2003 qui a pesé sur ma décision de me lancer dans l’aventure Béna en 1970. L’Esprit Saint aurait en l’occurrence soufflé autant du futur que du passé.

Je livre ces réflexions sans souhaiter les approfondir ici car c’est tout le chapitre du subquantique qu’il faudrait aborder avec les interactions entre l’Univers visible et l’Univers invisible. qui sont postulées par les théories physiques. Quoi qu’il en soit, avec ce créneau au cœur des sauts quantiques est bien là dans l’ordre du jeu du hasard contrôlé ou incontrôlé. Je signale que Schäfer est en cela d’accord avec le grand neurologiste anglais Eccles qui situe le jeu de l’Esprit transcendant contrôlant le hasard ou du hasard assimilé à l’esprit incontrôlé dans le même créneau. J’en ai discuté à Paris avec le neurophysiologiste Jean-François Lambert à propos des expériences de Libet qui semblent démontrer que le cerveau peut réagir à partir d’influences venant du futur. On est d’accord sur une interprétation différente très séduisante qui revient à étendre la réversibilité du temps qui prévaut en amont du mur de Planck à d’autres domaines qui s’engendreraient par extension fractale ; Je ne veux pas m’attarder sur cette question mais seulement revenir à propos du hasard sur ce qui me paraît essentiel et mal compris. Soit un ensemble d’éléments qui peuvent être blancs ou noirs de manière indéterminée et équiprobable. Le hasard est responsable de leur état. Mais si maintenant on considère l’ensemble des éléments blancs et l’ensemble des éléments noirs, il est impératif pour ces assemblages d’être accordé sur un critère commun de discrimination entre le blanc et le noir ; par exemple on opère ces rassemblements en positif photographique. On m’objecte que ces éléments peuvent se rassembler eux-mêmes pour constituer de tels sous-ensembles parce que ce qui se ressemble s’assemble. C’est là un postulat gratuit car en magnétisme ou en électricité les pôles de même nom se repoussent. C’est vrai aussi de l’attirance hétérosexuelle. Existe aussi dira-t-on l’attirance hétérosexuelle. Dans le cas de la constitution desous-ensemble d’éléments de la même couleur, parti est donc pris pour l’homosexualité. Si ce parti pris persiste de manière invariable, il n’a plus rien d’un comportement aléatoire. Il postule une volonté ; elle n’a rien de mystérieux lorsque c’est un humain qui décide si la loi d’assemblage est homo ou hétéro. Lorsque dans la Nature de tels regroupements sont constatés, régis par l’une ou l’autre loi, se pose la question de l’identité de celui qui les opère selon la loi de son choix.

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