La singularité finale

lundi 6 septembre 2010
par  Xavier SALLANTIN

Comme devoir de rentrée, j’invite les membres du groupe Béna à ne pas manquer l’article d’Yves Eudes dans Le Monde du 5/6 Septembre.

Il parle des travaux du Singularity Institute dans la Silicon Valley sur la singularité finale. Elle est envisagée comme prochaine au vu de la montée exponentielle des performances des ordinateurs en matière d’intelligence artificielle.

Je pense que j’ai quelque avance sur eux car depuis 40 ans j’ai inscrit la problématique Béna dans une symétrie et une interaction entre la singularité initiale et la singularité finale. Je n’ai pas cessé d’instruire cette problématique. Elle me semble découler du principe fondamental de symétrie qui fonde les indéterminations quantiques.

Dans une communication lors d’un colloque à Genève en 1992 j’ai proposé d’appeler Mur de Boltzmann le mur qui cache une implosion finale d’information, comme le mur de Planck cache une explosion initiale d’énergie. La constante de Boltzmann est en effet le tiers terme d’accord qui fonde l’équivalence démontrée par Brillouin entre la quantité d’information et la quantité de néguentropie.

C’est la logique trialectique qui est l’outil conceptuel nécessaire pour éclairer cette équivalence et ce bouclage interactif de l’histoire de l’Univers. Les brillants "singularitariens" de Californie ne semblent pas avoir compris que leur vision d’un Oméga exige l’élucidation de la logique d’un processus d’informatisation amorcé en Alpha dès le Big Bang.
Il reste que leur audace téléonomique rejoint la mienne et que je me sens moins seul.

Remarqué aussi dans le même numéro du Monde le "manifeste" de Salim Abdelmadjid .
Deux signes d’un réveil. Il est grand temps.
Amitiés à tous.


Commentaires  forum ferme

Logo de Bernard C
vendredi 15 octobre 2010 à 18h46 - par  Bernard C

Je partage complètement ta compréhension Jean Nicolas quant à la « singularité finale » du S IAI –Institute, différente de celle de XS

L’approche logique de Xavier a l’air d’exclure l’idée d’une singularité future avant la singularité finale. Mais imaginer des étapes significatives, intermédiaires, est une bonne piste de travail notamment pour marquer des étapes qu’il vaudrait mieux éviter.
Je pars donc de 2 postulats :
-  nous sommes maintenant en permanence entre 2 directions prises par notre évolution d’Etre Humain (EH) : le danger d’une destruction et l’opportunité d’une construction, d’un « ordre nouveau » adopté par la « structure dissipative » que notre corps social constitue.
-  une « Singularité future » est en marche différente de « singularité finale » ce qui ouvre la porte à de multiples spéculations dont celle du SIAI Institute.
Le travail de Jacques Attali est de ce type (une brève histoire du futur). La « transcendance dans l’immanence » de Luc Ferry aussi.

Une première observation faite par Xavier est que les étapes, de la matière, de la vie et de la pensée conscience, répondent à la définition d’une singularité.

Alors une étape « future » est possible (parmi les possibles). Elle est probable (sous réserve de la non destruction) car elle est, par extrapolation, dans la logique des différentes étapes déjà franchies par l’évolution.

J’ai, nous avons déjà évoqué l’idée d’un ETRE HUMANITE après un ETRE HUMAIN, une entité à l’image du corps humain, constituée de cellules accordées (asservies) pour le faire fonctionner. L’image organique est largement crédibilisée par au moins les 2 exemples suivants : les fluides pétrole eau… qui circulent sur la terre sont comparables aux circuits sanguins et lymphatique ; les réseaux téléphonique et Internet comparables aux réseaux nerveux, les ordinateurs, serveurs interconnectés à des réseaux neuronaux etc… Cette image est largement partagée et soutenue encore récemment par Joël de Rosnay. Les cellules de cette entité étant bien sûr les Etres Humains

Une piste d’approfondissement est pour moi la suivante : quelles doivent être les caractéristiques des cellules Etres Humains composant cet Etre Humanité ?
Le point clé est leur impératif consentement car leur caractéristique fondamentale est le « libre arbitre ». Avec cette seule remarque on mesure la difficulté complexité du problème.
Les observations de Xavier quant aux 3 pulsions, innées, dont l’être humain a hérité de l’animalité prennent tout leur sens. Xavier souligne que les 3 pulsions contraires sont nécessaires pour que l’Etre Humain « vive harmonieusement » avec ses « semblables » :
1- l’acceptation d’une soumission à des règles communes, par rapport à l’instinct de domination
2- l’accueil du différent, étranger par rapport à son rejet comme menace de sa survie
3- la confiance dans le futur par rapport à la seule appréhension du présent
. En d’autres termes la cellule recherchée est un EHE un Etre Humain Eduqué.
Mais une cellule dans notre organisme est spécialisée ce qui implique un EHEF un EHE Formé. …à un métier un poste une responsabilité …

Voici pour ce qui est de la cellule individualisée, il faut ensuite considérer l’ORGANISATION, les PROCESSUS qui les mettra en relation pour faire fonctionner cet organisme …animé par un cerveau animateur- créateur, régulateur …

Logo de J. Nicolas MAISONNIER
jeudi 30 septembre 2010 à 22h33 - par  J. Nicolas MAISONNIER

Après avoir lu le dialogue entre Bernard et Michel suscité par le message de Xavier, je suis aller voir ce que les fondateurs du Singularity Institute of Artificial Intelligence (dont Raymond Kurzweil) entendent par La Singularité, et quel est le rapport avec le Mur de Bolzman dont parle Xavier.

Vous trouverez ci-joint trois pages qui résument mes investigations

Pour eux, c’est le moment où on arrivera à créer une entité plus intelligente que l’homme : " an entity with greater than human intelligence" ou " a smarter-than-human intelligence". Vu les progrès de l’informatique, du génie génétique, et des réseaux, ils situent cet évènement dans les trente ans à venir. Il s’agit donc d’un saut technologique qui bouleversera la condition humaine, à tel point qu’ils parlent d’entrer dans une nouvelle ère qu’ils qualifient de transhumaine ou post-humaine.

Pour moi il n’y a là rien d’extraordinaire. Depuis très longtemps l’homme a construit des entités dont les performances dépassent ses propres performances : outils plus coupant que ses dents, machines plus fortes que ses muscles, lunettes plus voyantes que ses yeux, calculettes et mémoires artificielles plus rapides et plus fiable que son propre cerveau.

Toutes ces conquêtes ont transformés les conditions de vie des hommes, et il est opportun d’anticiper les bouleversements à venir car le rythme de ses découvertes s’accélèrent. Mais qu’entendent les transhumanistes par intelligence humaine ?

Le rapide tour que j’ai effectué sur leurs sites ne me permet pas de répondre. Il me semble qu’ils bornent l’intelligence humaine aux performances computationnelles du cerveau (sa rapidité de calcul, sa capacité de mémorisation, ses facultés de communication), sans se rendre compte que sa spécificité est d’un tout autre ordre. L’homme est capable de penser qu’il pense, de toujours surplomber ce qu’il fait. Xavier Sallantin met bien en évidence cette singularité qui a fait basculer certains vivants dans la noosphhère des sapiens sapiens. Il précise même la nature formelle de cette singularité (maîtrise de la montée/descente dans des niveaux d’abstraction). En ce sens je ne vois pas comment des entités construites par l’homme pourraient être plus intelligentes que leur constructeur.

La Singularité finale dont parle Xavier me parait d’une autre nature que les singularités technologiques à venir, bien que ces dernières contribueront (...si l’humanité est fidèle à elle-même, et à sa capacité de surpassement), à l’avénement finale. A cause de la symétrie fondamentale de l’Univers vu de l’homme, Xavier suppose que ce seuil finale sera celui de la maîtrise humaine de irréversibilité temporelle qui au temps de Planck a lancé les entités naturelles dans une course en sens unique.

A mon avis la théologie chrétienne, enrichie des connaissances scientifiques actuelles, aurait
aussi beaucoup de chose à dire sur cette Singularité Finale qu’elle décrit encore trop souvent dans des termes mal compris (comme Parousie)ou trop naïfs (comme "jugement dernier"). Et le magistère chrétien serait peut être moins anxieux face aux développements des techniques de transformation de la nature.

Logo de Bernard C
mercredi 15 septembre 2010 à 11h35 - par  Bernard C

Michel, je suis heureux que tu introduises dans nos débats la PHENOMENOLOGIE. Bien sûr Xavier y fait référence fréquemment mais ponctuellement comme il est amené à le faire pour bon nombre de disciplines de la connaissance. J’ai, un jour, eu la conviction (la foi) que, dans le débat fondamental et incontournable entre la foi et la science, la philosophie jouait le rôle déterminant du "médiateur" "catalyseur". Mais celle-ci, la philosophie, manquait de règles suffisantes pour être reconnue comme "science rigoureuse" Or c’est bien l’objectif poursuivi par le fondateur de la phénomènologie HUSSERL. Aujourd’hui elle est suffisammant structurée (avec Merleau Ponty et Lévinas notamment) pour intervenir valablement dans le débat (foi-sciences) et plus précisémment foi-raison . Mais aussi combler, comme tu le dis, le fossé entre la connaissance scientifique spécialisée et la connaissance empirique commune. Ainsi une représentation solide de la philosophie-phénomènologie dans notre groupe est-elle essentielle. Serais-tu prêt Michel, à jouer aussi ce rôle ? Qu’en penses-tu ? Amicalement Bernard.

A suivre : la foi ("je crois", j’ai acquis l’intime conviction) en la pertinence d’une question, précède le plus souvent la découverte scientifique ("je sais" mais seulement comme réponse-hypothèse satisfaisant le mieux à l’observation, tant qu’elle n’est pas infirmée)....intuition d’abord un acte de foi ?...

Logo de Michel GODRON
samedi 11 septembre 2010 à 08h44 - par  Michel GODRON

Merci Bernard pour cette utile réflexion sur le choix des mots que je souhaite prolonger.
Pour ma part, j’ai vécu sous la direction de Michel Henry, que j’ai eu comme professeur, la révolution copernicienne de la phénoménologie. Sans entrer dans les détails, cette révolution recentre sur le sujet (= le Soleil) tout ce que nous pouvons connaître du monde extérieur (= la Terrre, les planètes et l’unives) et qui est habituellement considéré comme connaisance "objective" (= qui est indépendant de la pensée, sans éléments affectifs ou personnels) comme tu l’écris.
Il me faudrait quelques pages pour expliquer et justifier la phrase précédente, et je suis prêt à le faire si tu le souhaites.
La conséquence est que ce qui est "objectif" ne disparaît nullement mais est sans cesse rapporté au sujet (qu’il est plus juste d’appeler la personne) qui observe le monde et qui pense.
L’un des avantages de la phénoménologie est de combler le fossé qui sépare dans l’esprit de nombreux scientifiques la connaissance scientifique de la connaissance empirique des citoyens ordinaires.
La foi est alors la connaissance la plus générale et la plus profonde, parce qu’elle englobe toutes les aspirations (intellectuelles, rationelles, affectives, pratiques, matérielles et vitales) de la personne.
A suivre si tu le souhaites, (en le communiquant aux membres du Groupe Béna qui seraient intéressés). M Godron.

Logo de Bernard C
mardi 7 septembre 2010 à 21h42 - par  Bernard C

Michel, je peux répondre à ta suggestion sur la qualification de la foi.
subjectif est de l’ordre du "croire", objectif est de l’ordre du "savoir" selon l’excellent article d’Egar Morin que l’un d’entre nous nous avait communiqué.
Dans ce sens subjectf est alors opposable à objectif (qui est indépendant de la pensée, sans éléments affectifs ou personnels.... ). Si j’adopte ton qualificatif de "personnelle" qui dans le dictionnaire devient individuelle, pour la foi, que proposes-tu pour la science ?
Je recherche comme Xavier des termes de même nature par exemple : la vérité révélée par la foi et la vérité dévoilée par la raison. L’accord consenti et l’accordage asservi....
Amicalement
Bernard

Logo de Michel GODRON
mardi 7 septembre 2010 à 16h11 - par  Michel GODRON

J’ose ajouter quelques ? aux excellentes remarques de Bernard, en gras dans le texte ci-dessous

"Ce commentaire de Xavier me suggère les réflexions suivantes : Dans la recherche de la vérité sont engagées la foi et la raison (et donc les sciences et les mathématiques notamment). La foi subjective s’affranchi des « murs » de la réalité complexe en s’attachant à la révélation symbolique."

La foi est subjective, puisque elle concerne une personne, mais faut-il dire qu’elle est "subjective" puisque ce mot a un sens péjoratif pour beaucoup de nos contemporains ? Ne suffirait-il pas de" dire "La foi personnelle etc." ?

"La science objective s’attache exclusivement à la réalité. La physique, pour appréhender les origines (et sa singularité initiale) de notre univers bute sur le mur de Planck, et, avec ta réflexion, pour appréhender une singularité finale sur le « mur de Boltzmann ».Les mathématiques probabilistes ne semblent pas rencontrer de mur puisqu’elles ont identifié la singularité initiale et décrit ses propriétés de « corps noir » en équilibre thermique parfait."

Pour mon prochain bouquin, je suis conduit à parler un peu des corps noirs, quoique je en soie pas physicien. Est-il possible d’envoyer les notes ci-jointes aux membres du groupe Béna qui accepteraient de me signaler les erreurs que jai pu commettre ?

Logo de Bernard C
lundi 6 septembre 2010 à 11h22 - par  Bernard C

Ce commentaire de Xavier me suggère les réflexions suivantes :
Dans la recherche de la vérité sont engagées la foi et la raison (et donc les sciences et les mathématiques notamment.
La foi subjective s’affranchi des « murs » de la réalité complexe en s’attachant à la révélation symbolique.
La science objective s’attache exclusivement à la réalité. La physique, pour appréhender les origines (et sa singularité initiale) de notre univers bute sur le mur de Planck, et, avec ta réflexion, pour appréhender une singularité finale sur le « mur de Boltzmann ».
Les mathématiques probabilistes ne semblent pas rencontrer de mur puisqu’elles ont identifié la singularité initiale et décrit ses propriétés de « corps noir » en équilibre thermique parfait.
La raison, en exercice intellectuel partagé, n’a pas, à priori, de mur à
franchir et pourtant aujourd’hui elle bute sur le « mur de la logique
aristotélicienne » du « tiers exclu ».
La grande originalité de XS est de s’en affranchir avec sa nouvelle logique
naturelle du « tiers référent » ouvrant la porte à des spéculations par la
raison jusqu’ici inaccessibles.
Amitiès Bernard