Réflexions sur la ou les dimensions du temps

vendredi 7 janvier 2005
par  Jacques M

Plusieurs lectures récentes, dont je ne sais plus attribuer les paternités, m’amènent à coucher par écrit quelques réflexions sur les dimensions du temps. Je n’ai vu nulle part un tel sujet abordé, aussi ai-je peur de m’enliser lamentablement. Toute main secourable me sera donc bienvenue.
C’est la thèse de Michel Nguyen-Thé, et particulièrement ses pages 5 et 6 qui a été le catalyseur déclenchant une étincelle de force sur mon fond de paresse, et m’a permis de donner forme à ce propos.

I Le temps est-il ordonné ?

On parle, d’acception commune, des trois registres du temps : le passé, le présent et le futur. Et ce sans que le mot « registre » soit défini. On utilise aussi des mots tels que l’instant, la durée, l’avenir, le (ou les) souvenir(s)... et on attache au temps des vocables tels que l’attente ou la mémoire. Il me semble qu’il est important de mettre de l’ordre dans ce vocabulaire flou.
Si j’examine de près les trois « registres » habituels, il me semble :
- a) que le passé est ontologiquement structuré d’une relation d’ordre, par des mots tels que avant, après, depuis, jusqu’à... qui permettent d’obtenir un accord (humain) assez général sur un classement d’évènements donnés.
- b) que cette relation d’ordre permet - au moins dans la Noosphère - d’aboutir à une notion de durée. Cette notion de durée, je note qu’elle est « relative » et que les étalons qui la mesurent (heure, jour, année...) sont subjectifs, même si l’humain a cherché de tout temps à leur donner une équivalence aussi objective que possible (par exemple la durée d’une rotation de la terre autour du soleil, ou celle séparant deux levers successifs du soleil).
- c) que l’instant qui s’écoule est de durée nulle. Ou plutôt que la notion de durée n’est pas applicable à l’instant. Pour reprendre un langage mathématique, j’oserai dire que le présent est défini par la coupure qu’il opère entre le passé et le futur.
- d) que le futur ne me semble pas « ontologiquement » structuré par une relation d’ordre quelconque. Ce qui n’empêche pas l’humain de vouloir, conceptuellement, lui projeter une relation d’ordre (temporelle) qui l’aide à structurer ses élucubrations.

II Le temps est-il dimensionné ?

De même que l’humain de la Noosphère a été amené à structurer l’espace suivant le nombre des dimensions spatiales (trois pour l’espace observable) qu’il perçoit, je pense qu’il peut aussi structurer le temps suivant un nombre de dimensions temporelles.
Intuitivement, le fait que l’instant ait une durée nulle revient à dire que sa dimension temporelle est « zéro ». La durée, caractéristique du passé, aurait une dimension temporelle de « un ». A partir de ce constat, que dire du futur ?
Faisons un détour. Peut-on dire que l’instant est un contenant lié au présent, et que la durée est un contenant lié au passé ? Il me semble que oui, si l’on attribue au contenant le « pouvoir » de donner une forme. La durée donne forme au passé ; l’instant structure le présent... Mais alors, comment nommer le contenant du futur ? Est-ce abuser que de le nommer avenir (à-venir) ?
Quelque soit le nom qu’on donne au contenant du futur, il me semble que par mesure de symétrie, et du fait que le sens de l’écoulement est indiscernable dans la Protosphère, on peut attribuer au contenant lié au futur la dimension temporelle de « un », comme au passé.

III Que contient le temps ?

Si à chaque registre du temps (passé, présent, futur) on peut associer un contenant (durée, instant, avenir) caractérisé par une ou zéro dimension temporelle, peut-on alors parler de contenu pour chacun de ces contenants ?
Tout d’abord, je ne vois pas pourquoi le fait que dans l’espace le contenu soit doté d’une dimension spatiale de plus que son contenant, ne serait pas reproductible dans le temps. Cherchons maintenant à nommer ces trois contenus, s’ils existent, et donc à approcher la signification d’une dimension « deux » dans le temps.
J’aurais tendance à désigner le contenu de la durés sous le vocable « le vécu ». C’est à mes yeux un terme plus neutre, moins subjectif, que des termes proches comme histoire, mémoire, souvenirs...
J’aurais de même tendance à nommer « fil de la vie » le contenu de l’instant. Mais c’est faute mieux, car je ne suis pas très satisfait de ce terme que je pense trop flou, trop vaste.
Comment alors nommer le contenu de l’avenir ? Et que peuvent signifier ces deux (hypothétiques) dimensions temporelles des contenus liés au passé et au futur ?

IV Je me risque

Tout d’abord, si l’on admet que la faculté d’étager l’espace et d’y distinguer contenant et contenu est caractéristique de l’humain, alors, de même, la distinction de contenant et de contenu temporels lui serait aussi réservée. Autrement dit, les mots (ou les notions) de vécu et d’avenir seraient vides de sens dans la Biosphère. Cela ne me semble pas extravagant. Mais cantonnons-nous dans notre domaine de la Noosphère.

- a) Au niveau du passé, le contenant serait donc la durée, et le contenu serait le vécu. En m’imprégnant de cette supposition, je ne suis pas choqué, du moins pour l’instant. Mais alors, quelles sont les deux dimensions temporelles du vécu ? Si j’appelle « chronologie » l’une d’entre elles, et « relecture » la seconde, qu’en dites-vous ? Et c’est le tricotage de ces deux dimensions qui singulariserait le vécu, l’expérience... propre à chaque être humain, tant dans sa dimension individuelle que dans sa dimension collective. Cette constatation ne me choque pas, car je pense que l’homme a toujours « interprété » le passé, pour y trouver sens, ou éclairage vers le futur. Je ne préjuge pour autant pas du bien fondé d’une telle tendance.

- b) au niveau du futur, le contenant serait donc l’avenir. Mais comment nommer le contenu ? Je ne trouve, faute de mieux, que le mot « désir ». Mais le mot est vague, même si je pense que seul l’humain peut exprimer un désir. L’animal n’a pas de désir, et quelque philosophe a défini l’homme comme un être de désir.
Et puis, que signifient ses deux dimensions (supposées ) ? Comment les distinguer, quel est leur rôle propre, comment se conjuguent-elles ? Dans le contexte de la TDS de Xavier Sallantin, je me vois nommer « projet du créateur » l’une de ces dimensions, et « réponse de l’homme » la seconde. Et par similitude avec ce que l’expérience me donne au niveau du passé, je dirais que c’est leur tricotage, leur interpénétration (ou leur confrontation), leur fécondation mutuelle (ou leur répulsion réciproque), dans un contexte d’accord offert mais de réponse libre, qui peut faire naître le contenu de l’avenir.

V Que conclure ?

A mon avis rien. Je vous livre cela en pâture, afin que vous enrichissiez ces remarques, ou rêveries, ou élucubrations.


Commentaires  forum ferme

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vendredi 11 février 2005 à 20h41 - par  Jean R.

J’ai apprécié cet article et en modeste contribution, je livre à l’auteur des souvenirs de lectures.

Les notions de passé, présent et avenir ne sont pas universelles, au moins dans les langues connues. Les témoins de ceci sont les formes de conjugaison.

L’hébreu, non pas que je le connaisse, mais pour avoir eu des lectures sur le sujet, distingue :

...l’accompli, l’action inscrite dans la durée qui est achevée. Achevée aussi bien dans le passé que considérée comme achevée dans le futur ;

...l’inaccompli, l’action inscrite dans la durée n’a pas été ou n’est pas achevée ou ne le sera pas dans la projection du discours.

La marque du futur est verbale : « la durée à venir »

Peut-être ceci s’avèrera-t-il utile ?

Ceci apparaît à plusieurs reprises dans les rétroversions des évangiles de C. Tresmontant.

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dimanche 9 janvier 2005 à 12h36 - par  Bertrand L.

Merci Jacques de ces riches réflexions, à propos des Dimensions du Temps :

Le Temps est en effet, "dimensionnel" par nature, puiqu’il exprime une mesure, à la fois quantitative et qualitative, dans un même cadre structurel réflexif que notre perception de l’Espace.

Cette mesure, horizontalement, perception synchronique (axe des simultanéités), corresponds à celle de la longueur plus celle de la largeur, et verticalement, perception diachronique (axe des successivités), à notre conception de la hauteur (ou profondeur). Le concept de "Durée", corresponds, quand à lui, à la dimension de Force, car il exprime son dynamisme (aspect cinétique), tout en le mesurant comme un "laps de temps", entre deux repères temporels.

Nous ne réfléchissons probablement pas assez sur la notion de "Présent", point tournant entre le Passé et le Futur. Sa caractéristique est d’être lié à notre Vécu -de la naissance à la mort physique. Faut-il lui accorder une Durée propre ?

Si ce n’est pas le cas, il faudrait alors parler d’un "éternel Présent" (analogue au thème de l’éternel retour) et la temporalité s’auto-détruirait !
Si "oui", faut-il évoquer la conscience d’une succession d’instants... mais nous savons que ceux-ci ne sont qu’une notion nécessairee à notre esprit, pour structurer l’espace-temps ! Du coup, le "quantum de temps" est une unité-vide, au même titre que le zéro !)

Plus vraisemblablement, le Présent n’est-il pas la conscience d’un Environnement, qui paradoxalement nous contient et dont cependant nous contribuons à l’existence ! Nous ne pouvons nous abstraire de ce "présent-vécu", pas plus que nous ne pouvons nous isoler du Tableau que nous reconstituons du Monde dans lequel nous vivons.

Nos dimensions stucturelles sont en effet liées à la Noosphère (Sujet pensant) et les conditions nécessaires ne sont pas réunies dans la Biosphère ; elles sont trés certainement également différentes dans la Pneumosphère souhaitée !

Le "passé", comme conscience du Temps écoulé (actualisation du potentiel).

Le "présent", comme "passé advenu" (manifestation de l’événement).

Le "futur", comme "présent à venir" (devenir en acte...).

Le Temps qui "n’en finis pas de n’être pas" ailleurs que dans notre esprit !