Manducation de la Parole

samedi 6 novembre 2004
par  Eric LOMBARD, Xavier SALLANTIN

Réflexions inspirées à Xavier par la présentation que lui avait faite Eric du travail de Gérard Rouzier sur la Parole biblique. (Gérard Rouzier est comédien, auteur, compositeur, metteur en scène. Voir présentation à la suite du texte de Xavier)

J’ai tiré moi-même un très grand profit en apprenant naguère par coeur l’essentiel des textes de Jean et de Paul lors de mes trajets en métro, d’abord en français, puis en grec dans leur version originale. Les acteurs du Sablier sont astreints à ce même travail de mémorisation qui fait qu’est à force assimilée la démarche conceptuelle des auteurs de ces textes. C’est ce que le linguiste Jousse (sj) appelait la manducation de la Parole. Il était le spécialiste des civilisations de culture orale comme l’était celle des disciples de Jésus exercés à apprendre par coeur grâce à des procédés mnémotechniques encore en vigueur dans les écoles où l’on apprend aujourd’hui la Torah ou le Coran. Il pensait donc que malgré leur mise par écrit tardive les évangiles demeuraient très proches des paroles mêmes du Christ. Cette école dite des "ipsissima verba" a eu quelques chauds partisans tels que Tresmontant, Rodinson, Cavignac, Chouraqui, Perrier ; ils ont été et restent violemment combattus par la majorité des exégètes modernes qui les traitent de fondamentalistes et qui considèrent que l’essentiel des dogmes a été progressivement élaboré par l’Église dans l’oubli d ’un enseignement original progressivement recréé et dont la formulation ne cesse d’ailleurs de progresser en tâtonnant. Il en va de même de tous les penseurs modernes et postmodernes adeptes du déconstructionnisme (Derrida) qui professent qu’un texte n’a de sens que par son contexte qui finit par se perdre dans les sables.

Ma thèse, qui est notamment celle de Michel Henry ("C’est moi la verité") et du philosophe juif contemporain George Steiner(" Présence réelle"), est que tout contexte a au contraire un fondement comme tout fleuve implique une source, et toute langue une "ursprache" originelle. La régression à l’infini des métalangages est physiquement démentie par le fait avéré de la quantification de l’action, incarnation primordiale d’un verbe d’accord originel entre un signifiant réel, l’action, et un signifié virtuel, le quantum.

Tous ces spécialistes des sciences humaines, de Dürckheim à Drewerman, si géniaux soient-ils, tombent dans le piège de l’anthropomorphisme en ignorant les quinze milliards d’années d’évolution infrahumaine et en faisant abstraction du dispositif mis en oeuvre par la Nature pour fabriquer le sapiens dont la pensée reste tributaire de cette "économie de la Création" que la science pourtant ne cesse de tirer toujours plus au clair. Jusqu’au franchissement du pas du sens, il est certain que la minorité qui cultive comme moi cette espérance eschatologique sera en butte à l’incrédulité voire au mépris de la majorité qui ne vise qu’à la durable perpétuation de notre condition médiocre actuelle actuelle. Mais précisément cette majorité se meure progressivement du manque de sens. Alors je pense que cette autolyse accélérée est présage d’une catalyse inéluctable qui rejoint mon credo.

Pour ce qui est de l’apprentissage par coeur, il est évident qu’on oublie peu à peu ce qui n’est pas régulièrement remémoré. J’ai choisi deux textes
essentiels que je me récite quotidiennement depuis 50 ans, en leur découvrant sans cesse de nouvelles richesses : le chapitre 17 de Jean et le prologue des Éphésiens de Paul. Mais le bénéfice de cette manducation de la parole est d’habiter progressivement de l’intérieur la pensée de l’auteur et d’en mesurer l’extraordinaire accord avec les connaissances acquises depuis 2000 ans. Évidence d’une inspiration surnaturelle !
Xavier Sallantin

Gérard Rouzier et la Compagnie du Sablier

Je voudrais vous présenter Gerard Rouzier, dont j’ai fait connaissance il y a quelques années, et dont le travail sur les textes bibliques, lectures ou ateliers, me parait tres intéressant. En particulier, la lecture d’un seul trait d’un Evangile est une experience très riche malheureusement trop rarement pratiquée au sein de l’Eglise. Je n’ai moi-même pas assisté à ses lectures de St Jean, mais ai pu apprécier la qualité et la justesse de sa lecture-mise en scène du Prophète (de Khalil Gibran) à la crypte de St Sulpice, ainsi que celle des lettres de Van Gogh à Theo au festival d’Avignon.

Voici ses coordonnées :
Compagnie du Sablier, 13 bd de la République, 92210 St Cloud
Tel/Fax 01 49 11 06 62
email : traitsablier arrobase free.fr
Site : www.ciesablier.com

Gérard Rouzier est comédien, auteur, compositeur, metteur en scène. Il anime depuis plusieurs années des stages de théâtre et les ateliers " Bible et théâtre : accueillir et transmettre cette Parole qui nous transforme ".

Son parcours personnel est essentiellement marqué par sa rencontre avec l’enseignement de K.G. von Dürckheim, puis la découverte de l’Evangile selon Saint Jean.

A la suite de cette découverte, il dit depuis dix ans cet Evangile en France, en Suisse et en Belgique. Depuis mars 2000, il présente aussi l’Apocalypse de Saint Jean.

Il a cette année présenté à Paris " 24 heures pour la Bible ", montage de 24 lectures d’une heure de la Genèse à l’Apocalypse.

Sa comédie musicale " Jeune Public " Rose et Jeannot , a été jouée au Festival d’Avignon en 2003.

Il a interprété Le Prophète, Vincent van Gogh, Sherlock Holmes, et a joué dans de nombreux spectacles de tous styles, de la comédie musicale à la tragédie classique.

Il intervient désormais également dans le milieu de l’entreprise (Banque de France) pour animer les stages " Sens, repères, motivation ", où il propose une adaptation ciblée sur les besoins de la structure qui l’accueille du travail de ses ateliers.

En fichier attaché, un témoignage sur ses ateliers "Bible et théatre", une revue de presse de ses lectures de l’Evangile de Jean et un article sur l’Apocalypse.
Eric Lombard

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Atelier Bible et théatre