Quelques réflexions à partir de ces premiers mois de travail

jeudi 28 octobre 2004
par  Janine M

L’abondance et la complexité des documents transmis par couriel ou saisis sur le Forum du Groupe me laissent perplexe, je l’ai déjà exprimé. Aujourd’hui je me risque à faire le point.

Temps
Claude Tresmontant, dans Comment se pose aujourd’hui le problème de l’existence de Dieu (Points Seuil, 1971) écrit :
« En fait, il faut dire (...) que la création est constante. L’intervention de Dieu n’est pas une interruption, une irruption du dehors à certains moments critiques de l’histoire de la création ; elle est constante. Ce n’est donc plus une intervention, mais une immanence de l’action créatrice ininterrompue et poursuivie, continuée. » (p.284)
« Le temps désigne la création en train de se faire. » (p.285)
C’est tout ce que je trouve à ajouter à ce chapitre...

Création
La Création est le long chemin préparé par Dieu pour amener l’homme, avec son consentement et sa coopération, du temps à l’éternité, du créé à l’incréé, du fini à l’infini, de la chair à l’Esprit.

Relation
Il s’agit en fait d’une relation d’épousailles qui est au cœur de cette création continue. Donc ce qui est en cours, c’est une transformation de nos relations humaines, marquées de finitude. Une transformation qui va :
- de la relation d’objet à objet qui caractérise le monde de la matière et de l’énergie, à la relation entre objets et êtres vivants de plus en plus conscients, et de ces êtres vivants entre eux,
- jusqu’à la relation de sujet pensant à objet et de sujet pensant à sujet pensant,
- toutes ces relations passant par des arrangements de plus en plus complexes - des systèmes organisés et centrés - où l’arithmétique et la numérisation tiennent le rôle d’outils de régulation - des systèmes qui ne se forment et ne durent que s’ils permettent l’accroissement d’un ‘savoir commun’ ou conscience.

Avec l’homme pensant, la volonté libre entre en jeu - liberté de choisir un comportement d’union ou de division, de croissance dans l’amour, suivant l’axe du dessein divin, ou de stagnation et fermeture, c’est-à-dire de retour au multiple inorganisé, fût-il individuel.

Evolution progressive
Dans cet univers en évolution progressive, une telle transformation de la relation se réalise, elle aussi, dans une progressivité. D’étapes en étapes, marquées par le surgissement de la matière, de la vie, de la pensée, la relation vivante, organisatrice de conscience, culmine dans l’homme, être fondamentalement relié - au Cosmos, aux autres hommes, à une Transcendance plus ou moins reconnue. L’homme, individu et collectivité, devient personne et communauté en choisissant et en déployant librement des relations de plus en plus conscientes, solidaires, généreuses, altruistes. L’humanité avance ainsi (péniblement, il est vrai) vers la communion avec Dieu.

La théorie de la numérisation naturelle
Que fait Xavier ? D’après ce que je comprends, il émet et construit l’hypothèse selon laquelle le fondement de la Création est l’Accord - relation de deux qui s’accordent sur un ‘sens’ commun - et que cet accord s’actualise par étapes successives, à travers les contraintes naturelles de notre univers - espace, temps, force - et selon le modèle de la numérisation binaire, qui nous sert de guide de recherche. C’est du moins ce que je comprends, schématiquement. Nous sommes bien ici dans le domaine de la relation, fondement de l’univers créé et fondement de la Révélation : l’accord n’est-il pas relation, une question/réponse qui va lever une indétermination, faire advenir une asymétrie constructive entre deux événements, deux forces, deux objets, un oui/non qui actualise une communication support de conscience entre deux êtres, puis l’accord/refus, expression d’une volonté libre entre sujets pensants et finalement le oui d’acceptation d’une communion entre l’homme et Dieu ?
Cette recherche se situe donc bien dans l’axe de l’évolution créatrice, en même temps qu’elle scrute l’abîme de l’inconnu encore à découvrir. C’est pourquoi elle est à la fois indispensable et risquée.

Aller plus loin ?
Si nous voulons aller plus profond, fouiller, infirmer ou confirmer cette hypothèse, lui donner toute son ampleur, il ne s’agit pas de revenir sur les éléments cent fois remis sur le métier par Xavier depuis des décennies, mais de se jeter dans l’aventure de la recherche du nouveau, en s’appuyant sur ce qui est acquis. J’ai beaucoup apprécié le travail d’éclaircissement de Jacques M. en réponse à la question de Bertrand L. sur l’ontologie de la TNN., son introduction est un clair résumé de la TNN qui m’a aidée à mieux la comprendre, et ses développements suivants me paraissent cohérents, donc convaincants. Alain B., lui aussi, par les précisions données sur l’utilisation du principe anthropique, puis dans son remarquable travail ‘Proposition d’approfondissement et de validation de la TNN’ me paraît se situer tout à fait dans cet axe de précision et d’approfondissement - même si je ne puis juger de la pertinence de son analyse scientifique. De même les précisions et questions apportées par Eric L. à propos de la notion de chiralité. Je pense que c’est bien cette démarche qui est attendue par Xavier des membres du groupe.
Je pense également que c’est du côté des sciences exactes, dans leurs recherches qui scrutent les frontières du réel - physique quantique, astrophysique, systémique, neurosciences, informatique - et même la psychologie dans ses développements vers le transpersonnel - que cet approfondissement doit chercher un appui.

Epistémologie
Ceci est plus facile (ou moins difficile ?) pour les scientifiques que pour les philosophes, qui centrent leur réflexion sur le terrain plus mouvants de concept sans cesse remaniés. Là encore il me semble qu’il ne faut pas craindre l’exploration du nouveau, même si l’on doit pour cela s’appuyer sur des auteurs plus ou moins anciens - je crois beaucoup à l’éclairage apporté par la confrontation de penseurs très divers, dont chacun peut apporter une bribe de vérité. Les grandes intuitions de Teilhard sont vérifiées aujourd’hui par les sciences exactes et les sciences humaines, les ouvrages de Claude Tresmontant proposent une réflexion sérieusement étayée, particulièrement sur le rôle de l’information dans la création, l’évolution, la réalité ontologique de l’être humain et la Révélation, sans parler de l’œuvre si riche de St Irénée...

Aujourd’hui j’estime que la réflexion sur la vérité cachée derrière les apparences est le fait aussi de ceux qui se penchent sur les phénomènes paranormaux, pourvu qu’ils le fassent avec honnêteté et rigueur, car il y a là signe d’une relation non encore élucidée entre le psychisme humain et les forces à l’œuvre dans l’univers. Le travail est alors de faire le tri... avec lucidité, mais sans a priori, et sans craindre un éventuel ‘concordisme’ - se débarrasser de cette peur est très libérateur, Xavier en a donné la preuve. Je pense même que des auteurs non spécialistes en philosophie, sciences ou théologie peuvent avoir des intuitions fécondes. Mon expérience personnelle m’a appris que cette confrontation entre auteurs très divers finit par être éclairante et ouvre des chemins qui permettent d’avancer dans le dévoilement de la vérité. Mais il faut faire des choix, évidemment, pour ne pas s’égarer dans des études interminables.

Michel G. et Bertrand L. me paraissent bien équipés et motivés pour ce travail. Pas moi. J’avoue ne pas être tentée par une réflexion philosophique de ce niveau. Vous ne m’en voudrez pas, j’espère, de me retirer du groupe épistémologie. Je serais beaucoup plus intéressée par les éclairages que peut apporter la TNN à la psychologie, la sociologie et la théologie, mais je reste attentive et ouverte à tous les développements qui pourront être apportés à la théorie, dans tous les domaines.

Oui, la Vérité est Une, elle est cachée au fond du réel et il est bien des chemins pour nous y conduire. Pourquoi ne pas invoquer l’Esprit de Dieu pour nous guider vers elle ? Après tout, c’est pour Lui et avec Lui que nous travaillons.

P.S. : J’ai téléchargé le document de Xavier : Epistémologie de la TNN, mais je ne l’ai pas encore étudié. A le parcourir rapidement, il me semble très complet sans être trop ardu. Merci à Xavier pour tout ce qu’il nous donne !