Science de la logique (Hegel)

mardi 24 août 2004
par  Bertrand LALLOUR

Dans une 1ère partie, nous examinons les commentaires de Gwendoline Jarczyk sur « Une logique ontologique, principe de structuration du système ».
Dans la seconde nous partirons d’un choix de textes, pour bien distinguer les notions d’être, d’essence, d’existence et de phénomène (apparence).
Nous y ajoutons des remarques personnelles.

La science de la logique comporte deux tomes, l’un sur la logique objective composé d’un livre sur l’être et d’un autre sur l’essence, et le tome sur la logique subjective intitulé la doctrine du concept.

1- Dynamisme structurel de la logique qui ordonne de façon dialectique le déploiement des « déterminations du penser ». Processualité logique.

Elaboration d’un savoir systématique dans ses composantes corporelles, psychiques et spirituelles,
à visée ontologique. Recherche du savoir absolu, qui conjoint certitude intérieure et vérité objective.
L’être et l’essence constituent ensemble la substance et celle-ci se libère subjectivement en concept. Ces trois termes sont les moments d’une « totalité mouvement ».
L’essence se tient dans « l’arrière-fond qui constitue la vérité de l’être ». La vérité d’une chose se tient dans l’épaisseur du point que constitue cette chose. La logique ne sort donc pas du « point de l’être », lorsqu’elle le saisit d’abord comme essence et finalement comme concept.
Il faut considérer que l’être « s’outrepasse » en lui-même dans l’essence, dans un rapport d’identité/différence par rapport à soi.
Hegel évoque ensuite « l’être posé de la liberté » et déclare "la liberté est la vérité de la nécessité" car la liberté (qui n’est pas le libre-arbitre) doit être identique à la nécessité (bien) comprise.
Il déclare : « la substance/nécessité s’accomplit comme concept, c’est à dire comme sujet/liberté ».
Hégel parle également du rôle de « l’écriture du négatif », puisque « ce par quoi le concept lui-même se dirige plus avant, c’est le négatif qu’il a de lui-même ; cela constitue la dialectique en sa vérité ».

2- Le « progresser » (dans la dialectique) ne consiste pas en ce qui d’un autre serait déduit ; le progresser est un retour dans le fondement et un retour à l’original. Car le « tout » est un cycle dans soi-même, qui est d’abord à comprendre dans l’économie de la différence.
La conscience immédiate est celle d’un être qui se tient en face de lui comme un autre (que soi).
(Il nous faut nous projeter pour faire éclore l’effet de perspective de la réflexion).

Le chemin dialectique est celui de la sursomption.
Tout commence avec l’immédiateté de l’être ; et c’est seulement en tant que le savoir s’extériorise à partir de l’être immédiat, que par cette médiation, il trouve l’essence.
L’essence est réflexion ; car l’essence, qui est la vérité de l’être, est en fait l’avoir-été de l’être lui-même, par la qualification du présent qu’il est.
Ce déterminé, qui constitue l’être, est dans la négation d’un rien. On peut donc écrire :
« Le devenir (de l’être) dans l’essence (ou son passer devenu), est le mouvement de rien à rien et par là-même à soi-même en retour ». (C’est ainsi la logique circulaire du sursumer).
L’essence, en tant qu’arrière-fond de l’être, représente dans la réalité son propre fondement (effectivité de l’être), une fois accomplie les trois moments de la réflexion (posante, extérieure, déterminante).
La réflexion posante amène seulement au jour l’autre qu’elle est à elle-même (être /essence) ; la réflexion extérieure convainc l’extériorité apparente d’être en réalité le paraître qu’est l’essence en elle-même (par rapport à l’être), et la réflexion déterminante enfin, signe cette immanence de l’extériorité à l’intériorité (en retour), par là réellement (le) pose (l’être) comme intérieure.

A ce compte, l’ « apparence essentielle » (qui constitue l’essence du phénomène, puisque les apparences s’accomplissent en phénomènes ), n’est pas tant l’illusion (subjective) qu’il faut réduire, mais la première expression d’un procès d’auto-détermination (début de la décomposition du cycle de la réflexion), qui s’achève dans l’effectivité de l’être, à partir de la détermination de l’apparence posée en tant qu’apparence (c’est à dire reconnu comme seule représentation).
(En bref), il faut que l’essence apparaisse pour qu’à son tour se révèle l’être . L’essence fait (par retour) « l’être essentiel » à partir de la négativité et de l’intériorité - et ce dernier, à son tour, révèle le concept « d’existence ».

Cette réflexion sur l’existence en tant que provenant de l’être essentiel, est à son tour le « paraître de l’essence, en elle-même.
Ce paraître (qui est donc le « phénomène ») est donc l’extériorité devenue (ou médiatisée) de l’intériorité de l’être (en tant à la fois qu’origine et fondement).
Cette inter-relation entre être, essence et existence, constitue (prise globalement) dans son unité, ce qu’on appelle la « substance », dont l’identité est d’abord celle d’une « nécessité intérieure ».
En tant que chose originaire, ce qui fait la vérité de la substance, est qu’elle est véritablement « cause d’elle-même ».
Au stade de la réflexion, la substance se libère en concept - et en tant que sujet (pensant), exprime la réalité de la liberté.

Remarques :

Ces commentaires de « La science de la logique » peuvent apparaître, à première vue, très éloignés des préoccupations habituelles de la TNN , et relever davantage de la philosophie réflexive (ou spéculative), que de l’épistémologie en tant qu’examen « critique des méthodes scientifiques ». Les mathématiques sont principalement orientées vers les aspects quantitatifs (proportion), alors que la philosophie privilégie le qualitatif (différenciation).

Dans la pratique la TNN est bien d’abord une « logique » (de l’esprit), même si elle privilégie la « pensée numérique », en lieu et place ici, de la « pensée conceptuelle ».
Bref les fondements de la logique, considérée comme science, me semble justifier qu’on s’y attache préalablement. D’autant plus que l’objectif commun à ces deux approches est celui de la nature du réel de notre Univers, à partir de notre pensée raisonnante.

Notre propre nature humaine est à la fois intelligible et sensible, et nous ressentons comme un besoin impérieux, cette nécessité identitaire de bien comprendre les différences (qui ne sont à l’examen que les moments d’une confusion) entre l’existence, l’essence et l’être. Ces trois moments sont (une fois de plus) dans un rapport d’uni-trinité ; il importe donc peu de donner la primauté à l’existence ou à l’être.
Paradoxe de l’unité-multiple ou de celui de l’union des opposés (harmonie des contraires).
« L’infini du deux, source de la véritable transcendance » (François Cheng).

D’autre part, qu’est ce qui distingue (et qu’est ce qui réunit) la représentation (en tant qu’apparence phénoménale) de la « vérité de l’être » (réalité en soi) ?

Notre destin, est de « suivre sa pente en la remontant » ; c’est ainsi que nous « réinventons » la genèse du monde en prenant appui sur le « pas de la réflexion ».

Nous croyons fermement à la nécessité d’une « transomption » de l’esprit, en cultivant un supplément d’intelligibilité, qui peut nous donner l’impression (lénifiante) d’aborder les rivages de l’invisible et dans certaines circonstances (tentation mystique) d’y rencontrer le Divin .


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